Les fichages ADN se multiplient, les refus aussi (Ouest-France)

Leur presse. Lu sur Ouest-France.
vendredi 27 novembre 2009
95 % des délits donnent lieu à un prélèvement génétique. La police se réjouit d'un moyen efficacede résoudre les enquêtes. Mais nombreux sont ceux qui s'inquiètent des dérapages. Aujourd'hui, deux faucheurs volontaires d'OGM et un syndicaliste, poursuivi pour avoir brisé une porte dans une laiterie lors d'une manifestation en 2007, vont être fixés sur leur sort après leur comparution devant la cour d'appel de Caen. Ils avaient refusé de donner leur ADN, un délit puni jusqu'à un an prison et 15 000 € d'amende. Comme eux, des militants de Greenpeace ou auteurs de petits délits sont de plus en plus nombreux à refuser ce fichage. Créé en 1998, le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) devait, au départ, centraliser les empreintes génétiques des criminels sexuels. La loi de sécurité quotidienne de 2001 l'a étendu aux crimes terroristes et aux atteintes aux biens. La loi Sarkozy de sécurité intérieure de mars 2003, en introduisant 137 nouveaux délits, généralise le fichage génétique. La loi stipule également que le prélèvement ne concerne pas simplement les personnes condamnées mais aussi les simples suspects. Aujourd'hui, le fichier comporte plus de 1,3 million d'empreintes génétiques. « Le FNAEG est devenu un outil de masse, se réjouit Guillaume Le Magnen, chef du service central d'identité judiciaire de la Police nationale. Aujourd'hui, une analyse ADN ne coûte pas cher. On s'en sert pour la délinquance quotidienne. » « Le fichier a été détourné de ses objectifs initiaux, analyse Matthieu Bonduelle, le secrétaire général du Syndicat de la magistrature. On se dirige vers un fichage généralisé sans que personne ne l'assume politiquement. » Selon lui, le refus de prélèvement est devenu « un délit qui sert à punir les militants » : « La police les met en garde à vue pour outrage ou rébellion. Puis ils sont souvent libérés car ça ne tient pas. Mais s'ils refusent le prélèvement ADN pendant leur garde à vue, ça fait toujours un délit... » Et comme ce refus est une infraction continue, on peut être condamné plusieurs fois jusqu'à ce qu'on s'exécute. Côté police, on ne trouve rien à y redire. « C'est un outil formidable, déclare Laurent Laclou-Lacrouts, du syndicat de policiers Alliance. Nous avons résolu de nombreuses affaires criminelles grâce à ça. » David Barbas, porte-parole du syndicat national des officiers de police souligne que même un petit délit doit donner lieu à prélèvement car « on ne sait pas ce que l'auteur fera plus tard ». « Il manque encore quelques infractions de masse donnant lieu à prélèvement dans la loi pour être plus efficace, comme les usagers de stupéfiants ou les étrangers en situation irrégulière, souligne Guillaume Le Magnen. On ne veut stigmatiser personne mais on sait que ces deux catégories de population commettent des délits. C'est au législateur de décider. »