Existe-t-il un gène du flic ?

Tract distribué le 24 juin 2008
lors d’une perturbation de la conférence de Philip Gorwood
donnée dans le cadre de l’Université de tous les savoirs, à Paris V.
Existe-t-il un gène du flic ?
« Là où personne n’obéit, personne ne commande »

Il est parfois des personnes qui méritent d’être connues et traitées pour ce qu’elles sont. C’est précisément le cas de Philip Gorwood, psychiatre et directeur de l’unité 675 de l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) depuis 2005. Son unité de recherche travaille en effet sur les « gènes de vulnérabilité » afin de proposer « une prise en charge précoce de sujets à haut risque ».

Dans la novlangue des flics en blouse blanche, une « prise en charge » signifie produire des camisoles chimiques afin de détruire au plus tôt tout individu qui serait amené à se rebeller contre le meilleur des mondes. Un monde d’exploitation et de domination où des milliards d’êtres humains sont contraints de survivre dans des conditions inacceptables sur une terre empoisonnée. Alors pensez-vous, se rebeller, quelle folie n’est-ce pas ?, s’est dit notre psychiatre.

L’unité 675 a ainsi participé en 2005 à l’expertise collective de l’Inserm nommée « Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent ». Les dits troubles qu’il conviendrait de dépister de façon systématique dès l’âge de 3 ans et d’éliminer selon ses conclusions, ne sont rien moins que les crises de colère et de désobéissance ou… les vols, définis comme des TOP, des « troubles oppositionnels avec provocation » et des « atteintes aux droits d’autrui et aux normes sociales ». Et comme l’un des objets de l’unité 675 est de développer la pharmacogénétique, soit « l’utilisation de la génétique pour prédire une réponse thérapeutique », on mesure immédiatement les ravages que ces sadiques entendent provoquer dans le cerveau des enfants et des ados.

En 2007, dans une digne continuité de l’abjection, Philip Gorwood a de plus personnellement supervisé une enquête dénommée SAGE dans la région de Champagne-Ardennes.

Poursuivant son obsession maladive, il a fait remplir un dossier de 130 questions suivi d’un prélèvement ADN à 5000 lycéens, qui ensuite ont dû laisser le tout dans une enveloppe avec nom, adresse et numéro de sécu à l’Inserm. Le tout sous prétexte de mesurer « l’interaction entre facteurs environnements et génétiques », en fait démontrer qu’il existe des comportements génétiquement déterminés. Les grilles et les caméras à l’entrée des écoles, l’obligation d’y rester enfermé des heures durant et en silence, l’autorité du prof et ses permis à point ne sont-ils pas suffisant pour que les écoles aient été une des cibles de choix lors des émeutes de novembre 2005 ?

Si la consommation d’alcool ou de cannabis chez les jeunes intéresse plus Gorwood (voir ses livres et articles) que celle de la cocaïne chez ses collègues cadres sup’, que celle des antidépresseurs qui permettent temporairement de supporter des conditions de survie toujours plus infâmes, ou encore que ce puissant narcotique de masse qu’est le spectacle télévisuel, c’est que notre bourreau moderne a d’autres ambitions : parvenir enfin à une société pacifiée où les conflits de classe, la guerre sociale contre les puissants ou la rébellion contre l’ordre en place n’existeraient plus.

Pour que les patrons continuent de s’enrichir, pour que les États continuent d’asservir les individus, pour que les chercheurs continuent d’expérimenter sur notre peau et nos synapses leurs hypothèses de mort.

Car la génétique, c’est avant tout une technique de contrôle et de domination. Les OGM par exemple servent bien plus à aggraver la dépendance des cultivateurs vis-à-vis de l’agro-industrie qu’à nourrir toute la planète, cette fable de basse propagande.

De même, une application importante de la recherche sur l’ADN est l’accroissement des pouvoirs de l’État sur nos vies. En témoigne le programme TOGG (Traitement d’origine géo-génétique) créé par le laboratoire privé IGNA de Nantes, qui met depuis 2006 ses compétences inquisitoriales au service de la justice. Concrètement, il se vante de pouvoir lui balancer la couleur de la peau d’un suspect en échange de quelques milliers d’euros. Plus largement, de 2001 à 2007, pas moins de six lois ont élargi à l’infini les prétextes de fichage génétique, conduisant à près de 30 000 nouveaux prélèvements chaque mois.

Deux de nos compagnons, Isa et Juan, sont ainsi actuellement incarcérés à Lille et Fresnes, accusés d’une tentative d’attaque contre un véhicule de police en mai 2007 à Paris. Le tout basé sur un supposé cheveu retrouvé sur place. Cela friserait le ridicule si Isa n’en était pas à son cinquième mois de détention préventive, et si la brigade anti-terroriste ne continuait pas à rechercher des ADN en vue de futures incarcérations. Comme toute science expérimentale, la génétique repose sur des analyses et des sélections en vue de cadrer avec le résultat escompté. Contrairement à ce qu’on voudrait nous faire gober, l’ADN sert donc avant tout à justifier des décisions de justice.

Mais qui n’a jamais songé à brûler des caisses avec gyrophare face à leurs rafles contre les immigrés, leurs tabassages dans les manifestations, leurs assassinats dans les quartiers ou leur racket quotidien ? Certainement Gorwood et ses acolytes, et tous ceux qui défendent son cauchemar policé.

Notre visite d’aujourd’hui n’est qu’un petit avant goût d’une colère qui n’est pas prête de cesser. Il est désormais trop tard pour dépister et briser notre rage et notre dégoût de ce monde de flics et de chercheurs qui l’alimentent.

Des insoumis au meilleur des mondes, 24 juin 2008